Thomas Demand au MUMoK
Dans les derniers niveaux du MUMOK se cache la Factory, actuellement occupé par Thomas Demand. Il occupe l’espace avec deux séries récentes, Presidency (2008) et Embassy (2007). Se voyant lui-même comme un illusionniste, il est un des artistes les plus acclamés de la scène contemporaine et s’est vu encensé par les institutions récemment au MoMA à New-York et à la Biennale de Venise. Dans la série Presidency, Demand se focalise sur l’un des plus éminent théâtre du pouvoir, le bureau du Président des Etats-Unis à la Maison Blanche. Il en a construit un modèle réduit qu’il détruisit seulement après l’avoir photographier. C’était à l’origine une commande pour un article du NY Times du 9 novembre 2008 après les élections présidentielles américaines.
La série Embassy prend aussi place sur la scène politique et prend compte d’un accident qui s’est déroulé en Janvier 2001 à l’ambassade du Niger à Rome. Une série de documents disparut après une intrusion dans le bâtiment et fut utilisé pour créer des preuves de supposés trafics d’uranium en Iraq. Les faux documents furent potentiellement utilisé par le gouvernement de Bush afin de légitimer la guerre en Iraq. Les deux lieux sont reliés l’un à l’autre non seulement par leur symbolique mais aussi comme lieux de pouvoir. L’extrême popularité du Bureau Ovale est diamétralement opposé à l’aspect anonyme du site de l’ambassade nigérienne. Ils sont pourtant théâtre « historique » ici manipulé par le photographe.
L’espace dans lequel on déambule est un espace aux murs sombres, d’où se dégage une ambiance studieuse et sérieuse. Pour l’exposition, Demand a réparti l’espace afin que le spectateur puisse emboîter le pas des intrus au sein de l’ambassade nigérienne. A l’intérieur des remakes photographiques de l’artiste on arrive au pied d’un escalier, on se confronte à de lourdes portes sécurisées,… Appropriation de l’espace par le visuel et le mouvement sont ici intrinsèquement liés l’un à l’autre. L’alternance de plans plus large et de scènes vides plus détaillés, plus cadrées intrigue. Les photographies de ces séquences ont pour moi quelque chose de dérangeant dans leur aspect factice. L’hyperréalisme de ces images évoque une sorte de réalité déserté par l’humain, ne laissant place qu’à un monde où il aurait juste disparu un instant auparavant. Demand se joue avec brio d’une imagerie médiatique et nous fait adhérer à cette dupilication du réel génératrice de questions et de distance critique.

